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Denens – Fête de l’ Epouvantail

Denens

Denens

Les chasses-grenouilles

Il y a bien longtemps. Les modestes chaumières de Disnens se serraient entre le castel et la chapelle St. Lazare. Côté vent, dès que l’on quittait les petits vergers et les maigres oches, on pataugeait dans les mouilles du Bugnons puis on s’enlisait dans les fondrières de la Piaz où serpentaient le Curbit et l’Irence. Côté bise, la Vy de Cossonay évitait la mare des Saugettes bordée de saules et le mauvais chemin qui nous reliait à Vufflens se perdait dans les marais de Ropraz. Au midi, le Clon ravinait les jardinets avant de former un étang nauséabond au pied des vignes des Fatourettes, puis naissait le Pontet qui zigzaguait entre Pâquier et Montamoy avant de rejoindre le Blacon. Au bas du vignoble, la vaste plaine de la Vogea était recouverte d’eau plus souvent qu’à son tour; les osiers y prospéraient le long des fossés du Blétru et les vanneaux huppés séjournaient volontiers sur ces gouille providentielles.Tous ces lieux étaient fort propices aux crapauds, grenoilles, renailles et autres batraciens qui proliféraient. Il y avait bien au village, près du grand puits, un vilain dont on disait qu’il prenait beaucoup de temps à observer arondelles et autres voletailles et qui se félicitait que ces amies les cigognes trouvent en ces lieux humides une abondante pitance. De toute façon, il ne dormait guère la nuit, préférant guetter le hululement de l’effraie ou s’ébaudir au chant du rossignolet. Tous les autres manants déploraient que tant de lopins restaient improductifs alors qu’ils avaient grand peine à nourir leurs nombreux rejetons. De plus, ils avaient bien besoin de leur somme pour se reposer des longues et pénibles journées passées à la glèbe. C’est vrai qu’au printemps les grenouilles ne sont guère discrètes et que leurs coassements emplissaient les chaudes nuits printanières d’un concert cacophonique bien dérangeant. Le sommeil de tous les villageois en était grandement perturbé mais celui qui tempêtait le plus contre ces importunes bestioles était le seigneur des lieux. La position dominante du château permettait à ses occupants de profiter au maximum des longues conversations nocturnes desindésirables batraciens.Le gouverneur convoqua alors l’assemblée de commune qui en délibéra longuement et fort doctement. Mais nul ne savait quel stratagème inventer pour dissuader ces fâcheuses rainettes d’élire domicile sur le territoire du noble seigneur de Disnens. Déjà écrasés par la dîme, les cens et les autres redevances, les communiers ne sauraient distraire le moindre denier de leur pauvre revenu pour résoudre ce problème et décidèrent sagement de ne rien décider.Un groupe de paroissiens gagna la cité et frappa courageusement à la porte de la cure pour tenter de convaincre le curé de la paroisse de trouver quelque moyen pour chasser les indésirables bestioles. Ne pourrait–on pas par processions ou rogations jeter l’anathème sur ces animalcules et les excommunier définitivement ?Fort perplexe, Monsieur le curé leur rappela que l’Egypte au temps de Moïse avait connu pareille plaie et que c’était peut–être Dieu lui même qui leur envoyait cette pénitence dans le louable souci d’attirer leur attention sur la faiblesse de leur foi, sur leur peu de zèle à fréquenter la messe dominicale et à confesser régulièrement leurs pêchés. Il ne saurait ainsi se mettre en travers de la volonté divine de plus qu’il avait ouï dire que hélas bien des réunions villageoises avaient tendance à se prolonger indûment autour de multiples pots d’un précieux liquide qu’on devrait réserver à la Sainte Communion.Excédé par tous ces atermoiements, le Châtelain se décida à intervenir énergiquement. Chaque matin sa noble dame se levait le teint pâle et de fort mauvaise humeur, ses chérubins pleuraient à longueur de journée par manque de sommeil et les serfs n’avaient point d’avance à l’outrage.Il fit venir les notables dans la cour du château et leur annonça solennellement qu’il avait décrété de soumettre les habitants du village à une nouvelle corvée. Chaque année, dès l’apparition des sinistres coassements, de la cloche du couvre-feu à la sonnerie des matines, les villageois devraient à tour de rôle se munir de grandes branches de coudrier et battre chaque nuit l’eau des étangs et marais des environs afin de faire cesser les bruits indésirables de ces répugnants animaux.La nouvelle se répandit bien vite dans toutes les chaumières de la région et pour se moquer des habitants du lieu on ne les désigna plus que par le sobriquet de « fouetta renaille » fouette- grenouille !

Heureusement on inventa plus tard l’épouvantail ce qui dispensa le seigneur de récidiver pour chasser les sansonnets qui l’automne se mirent à piller ses vignes.

Roger Huguenet

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